IPJ - Comment vivez-vous depuis que vous avez appris que votre agresseur était en fait votre voisin ?
Charlotte Bouverat : Je vis dans la peur permanente. Je vis avec ça tout le temps. Certes ce n’est pas un viol, certes ça ne tue pas, mais ça blesse, ça traumatise..
Le droit à l’oubli existe pour les condamnés mais il n’existe pas pour les victimes. A chaque fois que je croise mon agresseur, je suis obligée de revivre cette agression. Et en vivant dans le même immeuble le risque est quotidien.
J’ai peur de le croiser, peur de le frôler, peur qu’il pose son regard sur moi, peur qu’il recommence. Au moindre bruit de pas j’ai peur que ce soit lui. Le week-end dernier je n’ai même pas osé descendre mes poubelles.
IPJ - Vous avez déclaré à la radio avoir été « condamnée par la justice » :
Charlotte Bouverat : Oui en effet, je suis doublement victime : victime de mon agresseur et victime de la justice. Je suis condamnée à vivre à côté de lui. La société souhaite que je rentre dans un processus de résilience, que ce soit à moi de déménager, mais je ne l’accepte pas.
Je suis désormais suivie par un psychiatre mais bien sûr la justice ne prend pas en compte l’aspect psychologique des choses. Je lutte quotidiennement pour faire reconnaitre mon droit à rester chez moi, à une vie sereine.
Les juges ne voient pas devant eux les agresseurs sexuels qui nous ont violentées, ils ne voient que des petits garçons repentis, désolés de leurs actes. C’est ce qu’a vu la magistrate qui a jugé mon agression : elle a vu un jeune comptable, propre sur lui, petites lunettes rondes, costume sombre, visage poupin, vivant tranquillement en concubinage depuis 10 ans et travaillant sur les Champs-Elysées. Elle n’a pas vu celui qui m’a paralysée de peur et fait hurler de douleur et de frayeur. Et à la question de la mesure d’éloignement elle a simplement répondu : « Mademoiselle, cette mesure n’a pas été retenue étant donné que ça fait 2 ans et que rien ne vous est arrivé depuis. »
Mais puisqu’il s’agit de « pulsions » selon mon agresseur, des pulsions que lui-même n’explique pas comment être en sécurité, qui peut me garantir que dans mon immeuble je suis en sécurité ? Pas la justice apparemment, du moins pas pour le moment. »
IPJ - Vous dites « pas pour le moment », vous attendez une évolution de la situation ?
Charlotte Bouverat : Oui le parquet a fini par faire appel et aujourd’hui mon objectif est que le nouveau jugement ait lieu rapidement. Je veux pouvoir tourner la page. Je veux me sentir en sécurité lorsque je rentre chez moi. C’est tout ce que je demande. »

